Je n'ai pas eu une enfance extraordinaire, je n'ai pas vécu de période de troubles comme la guerre, je n'ai pas perdu mes parents étant jeune, ni même mes grands-parents. La seule personne que j'ai connue de près qui soit décédée quand j'étais petit est mon arrière grand-mère, la mère de la mère de ma mère. Elle s'appelait Renée ; je l'appelais Mémé Renée. Je garde de très bons souvenirs d'elle : les pommes que je mangeais chaque fois que j'allais la voir (elle habitait une maison mitoyenne à celle de mes grands-parents), le seul moment de Questions pour un champion que je regardais avec elle, à savoir celui où le candidat gagnant déclare « je reste », quand elle me disait « tu es trop petit, mon ami » alors que j'essayais d'atteindre la poignée de la porte-fenêtre, ou encore sa cafetière, son sablier pour les œufs à la coque, les peignes qu'elle mettait dans ses cheveux... Elle est morte en 1995 ; j'avais six ans à peine. Cancer du côlon. Mes parents n'ont pas voulu que j'aille assister à l'enterrement, j'étais trop jeune, d'après eux.
Je n'ai donc pas le profil idéal pour être écrivain. Il faudra donc trouver autre chose. Les plus grands écrivains avaient généralement des troubles de personnalité. Explorons de ce côté... Que pourrai-je devenir ? Mythomane ? Difficile alors d'espérer publier un jour une autobiographie... Paranoïaque ? Je le suis déjà un peu et Rousseau l'était aussi... Schizophrène ? Non, trop dur à simuler... Homosexuel ? Pfff, quel manque d'originalité ! Avis tout de même aux intéressés, au cas où... Non, je pense avoir trouvé mieux : prêtre. C'est sûr, cela devient rare ! Et après tout, pourquoi pas ? Je suis de religion catholique. J'ai été baptisé le 22 avril 1990, j'ai reçu l'Eucharistie le 14 juin 1998, la Profession de Foi le 24 mai 2001, j'ai été confirmé (pas par l'évêque, malheureusement) le 10 octobre 2004 ; prochain cap... je me retrouve face à une alternative : mariage ou ordination... Pour le premier, il faut avant tout de la volonté, mais aussi un binôme... Pour le second, la volonté suffit ; il semblerait donc plus simple de recevoir le sacrement de l'Ordination. Mais cela, seul l'avenir nous le dira.
Je ne sais par où commencer. Voyons, je suis né à Beaupreau, dans le Maine-et-Loire. J'ai vécu de 1989 à 1990 à Ste Christine, dans le même département, puis, pour des raisons professionnelles concernant mon père, j'ai habité un appartement à Bièvres dans l'Essonne, jusqu'en 1992. Enfin, je suis arrivé en Ille-et-Vilaine. A Châteaubourg précisément. Je vivais juste à côté de la chapelle Ste Anne, désormais fermée. J'y ai effectué ma maternelle (à Châteaubourg, pas dans la chapelle), avant de déménager pour St Jean sur Vilaine. Le Champ de l'Aire : dans le bourg, mais à l'écart des lotissements. C'est là que j'ai passé mes années de primaire, dans cette petite école qui depuis a tant changé... Etape suivante : collège St Joseph, Châteaubourg. Tout compte fait, j'aimais bien ce collège, mais pas ceux qui étaient dedans. Du moins la plupart. Je ne regrette pas d'avoir décidé d'aller au lycée à Rennes plutôt qu'à Vitré, où j'aurais retrouvé plus d'anciens « camarades ».
Que dire d'autre ? Je n'ai jamais voyagé à l'étranger autrement que par le collège (Angleterre, Espagne), à ma grande déception. Coïncidence ou signe du destin ? Ces deux voyages se sont soldés par des malheurs : trois jours après notre passage devant Buckingham Palace, la Reine Mère expiait. Plus grave, trois jours après que l'on a visité le jardin exotique de la gare d'Atocha, le 11 mars 2004, des attentats y étaient commis. Expérience étrange, cette angoisse lorsque le car croisait de nombreuses ambulances, le fait de se dire « à trois jours près », mais aussi cette surprise face à l'élan de solidarité des Espagnols, de nos familles d'accueil, qui accrochèrent alors des rubans noirs aux fenêtres.
Voilà, je ne vois pas comment poursuivre ce récit sans ce recul si nécessaire à l'autobiographe. Je ne prétends même pas avoir écrit ne serait-ce que le commencement de mon autobiographie, j'ai simplement essayé de faire une synthèse de mon existence qui, je l'espère n'en est pas encore à son achèvement (mais sait-on jamais ?). D'aucuns m'estimeront fou, d'autres, plus raisonnablement stupide ; et alors ? Je ne les ai pas obligés à lire tout cela ! Il est vrai que pour celui/celle qui espérait mieux me connaître en lisant ces quelques lignes, cela ne s'est certainement pas avéré instructif, mais peut-être aura-t-il/elle – ou pas ! – envie de me parler davantage afin de me cerner. Et puis, même si personne ne lit ce texte, quelle importance ? Je l'aurais tout de même écrit, ça sera sorti, je pourrai tourner la page, n'est-ce pas déjà pas mal ?




